François Hollande a confirmé, le 6 mai, que les classes bilangues disparaîtraient à la rentrée 2016. Je regrette cette décision.
Il est injuste d'instruire le procès en élitisme de ces classes, accusées de permettre le contournement de la carte
scolaire.
Des classes bilangues, il y en a dans les villes, les zones rurales et les zones d'éducation prioritaires. Elles font
découvrir la passion des langues à des élèves issus de tous les milieux. Elles contribuent à l'ascenseur social.
Surtout, elles ont permis de stopper la réduction continue des effectifs de germanistes en France.
L'allemand ne peut être une langue parmi d'autres. Elle est celle de notre premier partenaire politique et
commercial. Peut-on l'apprendre en seconde langue à raison de 7,5 heures hebdomadaires, étalées de la 5e à la
3e ? Oui, mais moins bien que si cet apprentissage reposait sur les 16 heures hebdomadaires offertes de la 6e à
la 3e par une classe bilangue
et une section européenne. Si l'apprentissage de l'allemand grâce aux classes bilangues a pu se maintenir, c'est uniquement parce qu'il ne s'y trouve pas en concurrence avec l'espagnol. Là où l'allemand et l'espagnol sont proposés en seconde langue, c'est entre 85 % et 90 % des collégiens en 4e qui choisissent l'espagnol. Pourquoi en serait-il autrement en 5e ?


La ministre de l'Éducation entend promouvoir l'apprentissage de l'allemand au cours préparatoire. C'est bien,
mais qui assurera ces cours ? Des professeurs des écoles à la pratique lointaine de la langue ? Des intervenants
extérieurs ? Avec quelle formation ? La vérité est que, hors Alsace Lorraine, il y a très peu d'enseignement de
l'allemand à l'école primaire et très peu de professeurs des écoles habilités. Les directeurs et les parents d'élèves
demandent l'anglais, y compris aux professeurs habilités pour l'allemand. Dès lors, l'on ne peut imaginer que
l'apprentissage de l'allemand en primaire, couplé au début de la seconde langue en 5e, compense la disparition
des classes bilangues.
« L'effort n'est pas insurmontable »
La Ministre assure que les postes mis au concours sont la preuve du soutien à l'allemand. Mais ces postes, certes
en hausse de 25 %, seront-ils tous pourvus ? En 2013, il y a eu 196 admis pour 270 postes offerts et en 2014,
224 admis pour 340 postes. La crise des vocations est réelle. Elle ira croissant quand les professeurs, contraints
à l'enseignement en seconde langue vivante seulement, devront se démultiplier sur trois collèges pour atteindre
le nombre d'heures nécessaires. Ces postes offerts au concours couvrent d'ailleurs à peine le départ à la retraite
prévu de 15 % des professeurs d'allemand d'ici à 2020.
Aucune réforme imposée ne conduit au succès. Il n'est pas trop tard pour réorienter cette réforme dans le sens de
l'ambition. Au lieu de supprimer les classes bilangues, généralisons les dans tous les collèges ! Plus d'un
collège sur deux en possède déjà une. L'effort n'est pas insurmontable quand la jeunesse est la priorité et que l'on
crée 60 000 emplois d'enseignants d'ici à 2017. Ce n'est pas en supprimant les classes bilangues que l'on
combattra l'élitisme, c'est en les offrant à tous.
(*) PierreYves
Le Borgn' est député PS et président du groupe d'amitié FranceAllemagne
à l'Assemblée.