COMPTE RENDU DE LA CONFERENCE DEBAT DU 20 MAI 2014 SUR « LA VIOLENCE A L’ECOLE »

 Le 20 mai dernier, s'est tenue au collège Condorcet, une conférence-débat sur "La violence à l'école", organisée par la FCPE locale.

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COMPTE RENDU DE LA CONFERENCE DEBAT DU 20 MAI 2014 SUR « LA VIOLENCE A L’ECOLE »

 

Ce fut une soirée vraiment passionnante, autour du sociologue François DUBET, spécialiste des questions éducatives, qui a réuni une cinquantaine de parents, enseignants, élèves, et représentants des institutions éducatives.

Nous tenons à remercier toutes celles et ceux qui sont venus et qui ont contribué par leurs questions  et réflexions à rendre cette soirée… exceptionnelle. Une soirée au cours de laquelle on a appris plein de choses, et où en tant que parents l’on en ressort  rasséréné sur nos capacités parentales, mais un peu inquiet sur le système scolaire tel qu’il est actuellement, et …..  un peu moins décomplexés d’oser faire preuve d’autorité envers nos enfants !

Merci à François Dubet, pour la justesse de ses propos, pour son pragmatisme, pour les anecdotes dont il nous a régalés, et pour son analyse décapante d’un système scolaire où la violence exprimée n’est parfois, que celle qui nous est renvoyée par un système éducatif et scolaire très décalé par rapport aux exigences du monde moderne.

De quelle violence parle-t-on ? 

Notre rapport à la violence a changé. L’école aussi a changé. Ce qui en fait des éléments détonants et créent ce que l’on désigne aussi comme une violence  intolérable. La violence était autrefois communément admise à l’école, cela  faisait partie de l’éducation « normale » de l’enfant.

A cette époque, l’école se « débarrassait «  très précocement des élèves dont elle ne voulait pas : plus de la moitié de la classe d’âge de 16 ans n’allait pas à l’école, et un peu moins de 15 % passait le bac ! Seulement 25 % d’une classe d’âge allait au lycée.

Dans les années 30, la France avait un taux d’immigration équivalente à celle des années 90. Et pourtant il n’y avait pas de problème à l’école.  Selon M. Dubet, « Cela n’était pas dû au fait que ce n’étaient pas les mêmes immigrés mais au fait qu’à l’époque ils n’allaient pas à l’école ».

La massification scolaire, objectif très noble au demeurant et à volonté égalitariste,  a entraîné le fait qu’une grande partie des élèves vont poser à l’école des problèmes car celle-ci  n’a été est « fabriquée » que pour un type d’élèves (selon les propos de M. Dubet « sage, studieux…. ou  qui sait s’ennuyer en classe sans se faire remarquer « !).

La massification scolaire a donc eu des conséquences inattendues, ou plutôt auxquelles personne n’était préparé, et notamment :

-          Elle a fait rentrer les « problèmes sociaux » dans l’école ;

-          L’adolescence et la vie sociale ont envahi les établissements scolaires ;

-          L’introduction de la mixité des élèves (les filles mélangées avec les garçons)  n’a plus préservé des « désordres» de  l’adolescence.  L’un des effets fut le marquage et la différenciation exacerbée et excessive des sexes.



Aujourd’hui, comme l’ironise François Dubet, « les élèves adorent le collège…  sauf les cours ».

 

L’école n’est plus régulée 

Peu à peu, l’école s’est donc trouvée de moins en moins régulée, et les « marqueurs » habituels se sont estompés. L’enseignant n’est plus considéré comme une « figure » à respecter, et les élèves ne le respectent donc plus s’il ne s’est pas rendu respectable.
Selon François Dubet, qui fait état de son expérience en tant que professeur de collège, enseigner une matière n’est pas difficile, ce qui est compliqué, c’est de faire régner le calme : « en une heure de classe, on n’a en réalité que 25 minutes de cours, le reste étant consacré à « faire silence » dans la classe, ce qui épuise les enseignants » ! 

La 1ère explication de la violence à l’école c’est donc que l’ordre scolaire n’est plus ce qu’il était. Il n’y a plus le respect a priori de l’autorité représenté par l’instituteur ou le professeur.  

Autrefois encore, explique François Dubet « on désignait, avec quasiment la complicité de la direction de l’établissement, un prof ou un surveillant qui devenait, une sorte de « bouc  émissaire » afin que les élèves puissent défouler sur lui leur agressivité » ! Cette sorte de « régulation spontanée » permettait d’évacuer bien des tensions.
Aujourd’hui, hélas, ce « rôle de bouc émissaire » est souvent tenu par un ou des élèves, que ses petits camarades vont harceler. Autre élément perturbateur  potentiel,  ce sont les changements incessants de classe par des masses d’élèves (500 ou 1000 parfois) pendant les interclasses, au lieu des professeurs (qui eux sont moins nombreux).

« Si l’on ajoute à cela l’échec scolaire, les problèmes sociaux,  etc … cela exacerbe le climat tendu de beaucoup d’écoles ».  

Le système scolaire, véritable « machine à trier » ?

Au fond, l’école sert à classer les élèves, avec une sorte de « tri » naturel :

-          1/3 vont former la tête de classe,

-          1/3 seront moyens,

-          et 1/3 seront mauvais et donc exclus du système scolaire, d’une façon ou une autre

Mais à côté de ces violences « classiques », il y a aujourd’hui  des violences contre les enseignants, ce qui est un phénomène nouveau.  Certes, ce  n’est pas la loi générale, mais il y a parfois des « accidents » (pneus crevés, voitures brûlées, etc… ) !

Dans ce cas, les élèves considèrent que leur violence répond à celle de l’école, et n’est qu’un miroir de ce qui leur est renvoyé, notamment dans les quartiers difficiles, où les enseignants et les travailleurs sociaux ne se mêlent pas aux élèves alors qu’ils vivent parmi eux.

Le système scolaire fait culpabiliser des élèves à qui, selon l’expression utilisée par les élèves et reprise par M. Dubet, l’on envoie leur « nullité » à la figure. Leur seule marge de manœuvre sera donc de « sortir » du système. « Les bons élèves en revanche sont très embêtés par les autres car ces derniers estiment que « s’ils sont mauvais, c’est à cause des bons élèves » ! Le jeune sait qu’il ne peut échapper au système. « En général, les garçons qui souffrent vont agresser et les filles vont plutôt s’en prendre à elles-mêmes et se culpabiliser ». 

La question de l’autorité est au cœur du problème de la violence

Il y a donc un véritable problème d’autorité à l’école. Autrefois, les élèves obéissaient à quelqu’un qui incarnait quelque chose, la nation, la culture, le pays :  « Si tu ne me respectes pas en tant que personne, respecte ce que je représente ».

Aujourd’hui tout le monde réclame de l’autorité, mais personne ne veut se charger du  « sale boulot ».  Les parents parfois démissionnent aussi. Le péremptoire  diktat parental « c’est comme ça !» en réponse aux incessantes questions et tentatives de négociations propres aux adolescents n’existe plus, et les parents doivent sans arrêt se  justifier, etc…  avec leurs enfants…..

En réalité, les parents vont de plus en plus demander aux enseignants d’exercer ce travail d’autorité. Les enseignants vont donc à leur tour déléguer … au CPE cet exercice de l’autorité, le transformant ainsi « en une sorte de confesseur et de flic » !

Comment l’école peut-elle se réformer ?

Le système scolaire est difficilement réformable, on l’a vu avec les très nombreuses « réformes » qui n’ont jamais vu le jour, quel que soit le gouvernement  (collège unique, rythmes scolaires, etc…). La France est montrée du doigt comme étant l’une des plus mauvaises des pays de l’OCDE en termes de réussite scolaire, et l’une des moins efficaces, malgré les moyens consacrés.

Selon M. Dubet, il faudrait réformer le système en profondeur (y compris les programmes scolaires, les modes de recrutement, les modes de gestion, etc… ). Ce sont les structures de taille moyenne qui s’en sortent le mieux ; celles où tout le personnel est en phase, autour des mêmes valeurs et où l’on partage les mêmes conceptions de l’école. L’idéal serait de pouvoir s’entourer d’une équipe compétente, que l’on aurait choisie. Les programmes scolaires seraient modifiés, pour correspondre davantage au monde moderne de l’internet et ne seraient plus en décalage complet avec la vie quotidienne des jeunes.

 

 

 Compte-rendu rédigé par : Sylvie Mennesson